lundi 8 février 2010

Madame B

Depuis mon retour à la Salpé, je cumule les voisins bruyants, voir violents.
Bien entendu, nous sommes tous atteints d'une pathologie neurologique, mais certains sont aussi sujets à de sérieux troubles psychiatriques.
Ainsi, il n'est pas rare de voir déambuler dans le couloir une vieille dame toute nue et toute fripée, tout comme ça peut être un vieux monsieur tout poilu vêtu d'une couche, à la démarche dodelinante me faisant penser à Cheeta. Spectacle désolant cependant, nous renvoyant tel un miroir une triste image d'un hypothétique avenir qui nous attends.
Mais cette vision reste touchante, comparée à ma terrible voisine "chambre3".
Elle est arrivée il y a environ un mois, etc depuis les nuits du voisinage se sont terriblement réduites.
Cette dame atteinte d'un Parkinson, semble souffrir de démence terriblement ponctuelle. Ainsi, tout les jours à 19h30, une fois la nuit tombée, commence la pièce de théâtre "Le malade imaginaire". Inlassablement elle répètes ses simagrées afin de conserver une présence auprès d'elle. Caprices d'enfant, il en est trop, la coupe... non... la piscine est pleine. Elle a réussi l'exploit de venir à bout de ma patience. La semaine dernière, je décide donc de prendre en main le problème:

- "Chère voisine de la chambre 3, madame B,j'apprécierai que vous vous calmiez, car tout les soirs vous nous faites le même cirque.
Je pense pouvoir m'exprimer au nom des autres voisins en disant que vous nous courrez sur le haricot. Veuillez comprendre que vous n'êtes pas toute seule et que nous avons chacun nos propres angoisses à gérer sans que vous en rajoutiez. Veuillez utiliser votre sonnette comme tout le monde et arrêter de crier..
Merci de votre compréhension..
Cordialement,.
signé:
votre méchant voisin de la chambre 4."

Les jours passent, le phénomène empire, les heures de sommeils sont désormais comptées sur les doigts d'une main...

-"Madame B, veuillez arrêter votre numéro d'enfant gâté svp.
Vous commencez sérieusement à me casser les pieds.!!!
Vous êtes à l'hôpital "la Pitié-Salpêtrière", ce qui veux dire que vous êtes toute seule, sans votre cour pour réaliser vos caprices de malade égoïste.
Alors faites comme tout le monde, utilisez votre sonnette, et attendez. Vous n'êtes pas à l'hôtel, et le personnel n'a pas que vous à s'occuper..
Cordialement,
Votre méchant voisin."

Dimanche matin, sortie J-1, elle vient de s'endormir après quasiment 12h non-stop de baroufle en italien, "chouette !!, j'ai dormi 1h...

- "Madame B, continuez vos caprices si vous voulez mais faites le en silence svp.
Au cas échéant, je me verrai obligé de me lever et de prendre les mesures qui s'imposent, c'est à dire vous scotcher la bouche.
Amicalement..
Votre méchant voisin"
En italien:
- "Signora B, mantenere il vostro capricci, se si vuole, ma farlo con calma per favore.
Se necessario, dovrò alzarmi e prendere i provvedimenti opportuni, vale a dire che registrando la bocca.
Per quanto riguarda ..
Il tuo prossimo naughty"

Sortie H-11, les voisins un tant soit peu mobiles sortent de leurs chambres histoire d'observer discrètement ce qui se passe.. Elle gémît, on distingue des râles, à l'entrée de quelqu'un dans la chambre, l'attitude devient plus théâtrale afin d'essayer de faire rester la personne le plus longtemps possible, mais aussitôt celle ci sortie de la chambre, la comédie reprend de plus belle. La vague de bruit commence a atteindre l'autre aile, qui comme la marée, ramène dans son flot un à un les membres de l'autre équipe.

- "madame B, si vous mourrez, faites le au moins en silence svp, par égard pour vos voisins. Ayez un minimum de pudeur et de respect pour vous même, nous ne sommes pas au théâtre.
Amicalement,
Votre méchant voisin."

2heures du matin, l'Interne passe pour lui administrer un traitement censé la calmer, et la je rétorque grâce à mon ordinateur:
- "Pour la voisine, madame B, cyanure triple dose svp, elle aura plus mal !!!"

Merci aux intervenant(e)s qui ont pris le temps d'être la pour m'écouter durant mon séjour.
Amélie, Axelle, Aurore, Audrey, Candice, Caherine, Émilie, Élisa, Esther ,Isabelle, Karine, Linda, Laurence, Laurence, Maria, Maria, Marie-Lise, Marie-Louise, Michèle, Mylène, Odile, Pauline,Sabrina, Sandrine, Sylvie, Christophe, Thérèse, David, Jeano, Mathieu, Vincent..
Mes excuses à ceux que j'ai pu oublier..

5 commentaires:

  1. Excellente la version en italien :)

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  2. cher kilhian,
    toujours aucune nouvelle de toi depuis notre rencontre en décembre à la Salpétrire. merci pour les logiciels qui me sont extrêmement utiles ! je pense à toi très très souvent. Je n'ose pas laisser mon mail ici. STP fais moi signe (par l'intermédiaire de facebook ça devrait être possible ) Amitiés
    Benoît Maurel

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  3. bonsoir, par hazard je tombe sur votre blog, navrée qu'il ne soit pas plus rempli d'ailleurs! le dernier billet est a mourir de rire ;)
    votre parcours me fait tellement penser a mon père atteint egalement de sla, diagnostiqué en 2002, d'ailleurs peut etre nous 'connaissons nous', nous faisons partie de l'assos des papillons :)
    nous sommes des yvelines et malheureusement mais bon, on connait la salpé par coeur ;)
    en esperant bientot pouvoir vous relire,
    carole.

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  4. Bonjour !

    J'ai lu les quelques premiers billets avec intérêt.
    Mon père aussi est atteint de SLA depuis l'âge de 37 ans ... age proche du votre...

    Je tiens à vous communiquer l'adresse d'un forum http://ieforum.amblog.fr, je pense qu'il peut être intéressant pour vous comme pour nous de vous y lire.

    Cordialement,

    Alexandre

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  5. Bonjour,

    Je me présente : Gautier Sayetta-Audra, je suis étudiant en Licence d’Histoire à l’université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne.
    Dans le cadre de l’obtention d’une certification en Science Sociale, je rédige un mémoire de recherche sur le thème de la prise en charge des malades atteint de SLA dans le cercle familiale.
    Cette étude à deux approches : l’une théorique et l’autre pratique où par l’observation, le dialogue je dois vérifier les hypothèses théoriques.
    Je me permet de faire appels à toutes les personnes concernées par cette situation particulière, et qui souhaitent me faire part de leurs expériences.
    Ce travail s’effectuera dans les règles strictes de l’université, et des sciences humaines.
    D’autre part, ce travail n’est pas seulement un exercice scolaire pour moi puisque j’ai eu le malheur de voir ma mère mourir de cette maladie.
    Si vous souhaitez participer à cette étude ou avoir plus de renseignement, veuillez me contacter par mail : gsayetta@gmail.com

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